Je ne sais comment je suis né, comment j’ai grandi, comment je me suis façonné et comment je finirai. Je n’avais pas de conscience propre tant que personne n’était capable de me mesurer et un jour je fus.

 

Depuis je t’accompagne de ta naissance à tes vieux jours avec fascination. Je te regarde bébé, inconscient et insouciant de moi, vivant de besoins basiques, très ancré dans le présent. Riant, souriant et pleurant aussi pour que l’on s’occupe de toi. J’apprécie ton innocence car j’admire tes réactions vraies et ta bonne humeur constante.

 

Je t’observe grandir, conserver ta bonne humeur et être d’une énergie vive et raffraichissante. Je te vois avoir le pardon facile et un certain courage. Du courage ou une inconscience de tes limites. Et oui, tu es encore un enfant, tu n’as pas encore ingurgité les règles de la société. Naturellement, tu es connu pour ta sincérité et ta sociabilité sans préjugés. Tu découvres l’humour et l’ironie. Tu apprends. Puis, tu me découvres et tu essaies de me lire.

 

Ensuite, vient le moment des amitiés, tu t’attaches à d’autres personnes que ta famille. Elles partagent avec toi, tes joies, tes peines. Elles sont une présence sur lesquelles tu peux compter. Tu essaies de te construire, de découvrir qui tu es, ce qui fonde ta personnalité. Tu as des sentiments ambivalents, un jour, tu rêves d’indépendance, de liberté et, le lendemain, il n’en est plus rien. Tu me connais mais tu m’ignores sans soucis de moi. Tu continues de t’instruire.

 

Tu vis tes premiers amours, tes premiers travails, tes premières conduites. Tu découvres les aléas de la vie et tu apprends à rebondir. Tu commences à savoir te gérer et à appréhender les autres. Tu découvres le sens du mot responsabilité et tu t’interroges sur ta vie future. Tu prends de plus en plus conscience de ma présence à tes côtés.

 

Selon le dictionnaire, tu as maintenant atteint ton « plein développement ». Tu as entre autres tous tes neurones. Je ne suis pas sûr que cela se voit dans toutes les situations. Tu es à la fois mature et indépendant, tu sais prendre des décisions et te prendre en charge sur le plan affectif, moral, financier et matériel. Tu trouves cela plus sérieux, c’est parce que tu l’es. Être adulte, ça te laisse moins rêveur. Tu cours après moi ou caches ma présence selon les moments. Tu apprends à m’apprécier et à me maudire.

 

Tu continues de t’instruire et tu deviens expert de certains domaines. Tu t’es construit une vie, faites plus ou moins selon les caractères, d’amours, d’amitiés solides, d’une famille, de passions et des projets. Tu commences à déplorer le changement et perdre en patience. Il t’arrive de faire des crises quand tu me vois approcher. En ce cas, tu deviens impulsif et vibrant de remises en question. Mais, souvent, tu me savoures comme du bon vin. Tu as conscience de qui tu es, ce que tu es devenu et tu es fier de toi, de ton parcours.

 

Et, un jour, tu deviens sage et tu me regardes droit dans les yeux. Tu transmets à tes enfants et tes petits-enfants tes connaissances et tes souvenirs. Tu es inquiet des quatre cents coups qu’ils pourraient faire et, en même temps, rempli d’orgueil, tu es tellement fier d’eux. Tu peux les défendre avec mauvaise fois envers et contre tous. Tu peux être à la fois plein de sagesse et de candeur. Tu apprécies avec l’âge d’avoir une excuse pour dire tout ce qu’il te passe par la tête. Tu t’amuses de ces situations gênantes.

 

Et, ainsi, j’observe des générations qui se succèdent. Je ne sais te dire celle qui est ma préférée. Je les aime toutes, elle évolue au fil des siècles et elles apprennent sans fin. Elles oscillent toutes entre amours et tristesses. Elles peuvent me percevoir comme un ennemi ou me reprocher ma brièveté. Elles savent toutes faire preuve de combativité, de bienveillance et de curiosité. Elles peuvent me décevoir parfois mais elles savent rebondir et s’adapter. A travers les époques, elles écoutent, elles restent loyales envers leurs proches et elles peuvent faire preuve de compassion et d’altruisme.

 

J’espère que tu as deviné ce que je suis, il te reste encore quelques instants pour me trouver. Le mot qui me qualifie est absent de ce texte, il y a certains de mes synonymes et, paradoxalement, je suis omniprésent.

CD

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