Une amie, Clara, me raconte une histoire incroyable que je vais vous conter. Un jour, l’une de ses amies, Mélissa, se retrouva à garder le chien d’une autre de ses copines, appelons-la Camille, pendant qu’il partait en vacances. Mélissa, pour des raisons de praticité, décida de s’installer chez son amie pour s’occuper de son chien, elle le nourrit, l’emmena promener et tout se passa bien pendant plusieurs jours jusqu’à la veille du séjour.
La veille, elle nourrit le chien comme à l’accoutumée et il tomba raide mort quelques minutes plus tard. Prise de panique, elle essaya toutes les solutions possibles et imaginables pour le réanimer. La nouvelle fut terrible et culpabilisante, le chien était définitivement mort. Mélissa, effondrée pour son amie, prit son courage à deux mains pour lui annoncer la nouvelle, elle l’appela. Après les cris et larmes attendus pour ce type d’évènement, Camille demanda à Mélissa de s’occuper du corps de l’animal et surtout elle ne voulait pas le voir dans cet état en rentrant. Du coup, il fallait que le corps disparaisse.
Cher Lecteur, je dois t’avouer que si pareille situation m’échoie, je ne saurais pas où me rendre. Heureusement pour cette histoire, Mélissa ne manqua pas de ressources et contacta un vétérinaire qui accepta de gérer la situation. N’ayant pas de voiture et tâtonnant sur la démarche, elle se rendit en métro avec un chien mort dans une valise, rouge de honte, d’inquiétude à l’idée que quelqu’un lui demande d’ouvrir son bagage et souhaitant par-dessus tout ne pas devoir s’expliquer à ce propos. La culpabilité était encore présente. Elle déambula à travers les correspondances, armée de sa petite force pour transporter son colis très lourd. Imaginer le poids d’un chien mort d’une taille correcte. Heureusement, un jeune homme vint proposer son aide en la voyant en difficulté. Avec sa force, il tira la valise tout en s’étonnant de son poids et de ce qu’il y avait dedans « – Vous trimballez des encyclopédies ? ». Mélissa, commençant à paniquer, lui répondit après avoir cherché une explication plausible « – Non, non, c’est du matériel informatique. » Ni une, ni deux, le jeune homme s’en alla en courant avec la valise sans demander son reste. Il s’agissait d’un voleur qui avait trouvé là, ce qu’il pensait l’occasion du siècle. Mélissa se promit de ne jamais raconter cette histoire à Camille et se réjouit de donner une leçon à ce délinquant. Imaginer sa tête en ouvrant la valise et en découvrant un chien mort. N’en pouvant plus d’enthousiasme, elle avait raconté cette histoire à une autre amie Clara qui me l’avait conté également.
J’étais euphorique de l’histoire, très drôle, qui illustrait parfaitement l’expression « Tel est pris qui croyait prendre ». Je demandais plusieurs fois à Clara « c’est vrai comme truc ? C’est incroyable, non ? » Elle m’assura que l’histoire était complètement véridique et qu’elle la tenait d’une amie de confiance donc qu’il n’y avait pas de doute possible. J’eus envie de partager cette excellente anecdote à ma famille mais je rongeais mon frein. Noël était à deux semaines et cette aventure mettrait à coup sûr une super ambiance pendant la soirée. Chacun allant de son commentaire, j’imaginais déjà les réactions et l’amusement général. Bien que ce fût difficile, j’attendis patiemment le jour de Noël et voilà je racontais enfin mon histoire et terminais par la phrase fatidique.
« -… Imaginer la tête du voleur en ouvrant la valise, pensant trouvé du matériel informatique, et découvrant un chien mort. »
Tout le monde s’amusait et mon petit-cousin avec un enthousiasme incroyable, un sourire béat, souhaitant sans doute partager lui-même cette aventure pleine d’une bonne leçon me demanda :
« – Mais c’est vrai comme histoire ? »
Et là, Cher Lecteur, je dois t’avouer que, deux jours auparavant, j’avais appris par Clara que cette histoire était le fruit d’une expérience scientifique sur la propagation des rumeurs, certes, elle s’était excusée de m’avoir cassé mon délire mais j’étais quand même dégoûtée. L’idée des scientifiques était que si un mensonge t’était raconté par quelqu’un en qui tu avais une confiance sans limite alors tu penserais qu’il est vrai et si, d’aventure l’histoire était énorme, incroyable, sourcé et vérifié alors tu la raconterais au monde entier comme un fait en prenant pour acquis la parole d’un ami. Cette expérience avait pour but de tester la rapidité, l’espace de propagation d’une rumeur et ce qu’il fallait pour qu’elle se diffuse. Et alors, Cher Lecteur, à ton avis, cette histoire est vraie ? Et qu’est-ce que j’ai répondu à mon petit-cousin ?
CD

