Quatre amis discutent au coin du feu, ils sont répartis sur des fauteuils et un canapé entourant la cheminée. À travers la baie vitrée, ils distinguent le sommet de la montagne couvert de neige. Régulièrement, ils ont le rituel de revenir dans cette auberge pour se retrouver d’abord parce qu’ils vivent loin les uns des autres. Puis, après avoir profité d’un succulent repas, ils s’installent près de l’âtre, en attendant que l’un d’eux, détective de profession, leur raconte sa plus savoureuse aventure du moment.
« – Il serait temps que tu commences, propose Léa. »
Il hoche la tête et débute son anecdote ‘‘Un matin, j’arrivais au bureau comme d’habitude et je trouvais sur le pas de ma porte une femme anxieuse. Appelons-la, Mélissa. Après les politesses d’usage, elle m’expliqua avoir été au Commissariat pour raconter son histoire sans succès d’être prise au sérieux. Son voisin et deux de ses ‘amis’ auraient eu un comportement suspect pendant la nuit, ils portaient d’énormes sacs-poubelles, qui avaient l’air très lourds et costauds, jusqu’à une voiture et elle s’inquiétait de ce qu’il pouvait y avoir dedans, imaginant sans doute le pire pour être allée trouver la police.
Les gendarmes, pensant à une farce, l’avaient escortée à la sortie des locaux. Elle était prête à m’offrir une fortune pour que je résolve ce mystère, soucieuse de ne pas avoir un criminel à côté de chez elle. Après avoir demandé plus de détails, je finis par prendre l’affaire à mon tarif habituel. Je campais devant son immeuble, intrigué de voir ce fameux voisin.
Je le voyais plus comme un père de famille sérieux que comme un dangereux criminel mais nul ne peut vraiment savoir avant que...’’
Arthur interrompt le récit :
« – Alors, à votre avis, les amis, il y a quoi dans ces poubelles ?
– Difficile à dire à ce stade. Mais j’aime l’idée de deviner, s’amuse Léa. Je dirai les propositions évidentes : des billets, quelque chose à cacher ou plus ragoûtant un ou plusieurs corps découpés en morceau.
– Cela peut être simplement des poubelles, propose Mélanie.
– Est-ce que cela t’est déjà arrivé de mettre plusieurs sacs d’ordures en pleine nuit dans ta voiture pour aller les jeter on-ne-sait-où ? S’étonne Arthur.
– Je t’avoue que non. Mais cela me semble plus probable de faire cela un jour que de mettre un corps découpé en morceau dans mon coffre. »
Ils se sont amusés un instant de sa réponse avant que le détective ne reprenne ‘’Après plusieurs journées à le suivre à bonne distance, je ne remarquais rien de suspect dans son comportement. J’avais réussi à examiner sa voiture à l’intérieur comme à l’extérieur sans avoir noté quoi que ce soit d’inquiétant. Je finis par me décider à aller lui rendre visite pour avoir le fin de mot de l’histoire. Sa femme m’ouvrit la porte. Après les présentations d’usage, je demandais à parler à son mari. Je l’interrogeais frontalement pour savoir ce qu’il faisait la semaine passée avec ses amis, portant des sacs-poubelles en pleine nuit. Je dus attendre qu’il stoppe de rire et que sa femme arrête de l’engueuler « qu’est-ce que tu as fait encore ? » pour apprendre qu’il avait fait une blague à sa voisine. En effet, lui et ses amis l’avaient surpris plusieurs fois à regarder par la fenêtre pour surveiller le quartier et ils se sont dit qu’ils allaient lui donner de la matière.
Je ne sus pas bien comment réagir, partagé entre hilarité de quiproquo et compassion pour leur voisine. Sa femme était sur la même longueur d’onde que moi « ça va trop loin, Pierre ! Tu vas aller t’excuser auprès de cette femme et lui rembourser les frais de ce monsieur, elle a dû avoir la peur de sa vie pour engager un détective. » Il bougonna avant d’accepter. Je lui demandais tout de même ce qu’il avait pu mettre dans ses sacs et j’appris ainsi que sa femme lui demandait depuis des années de jeter ces vieux magazines et qu’il avait enfin trouvé une motivation en or pour le faire.’’
CD
